0:09
Les intellectuels sont des produits aussi français que les fromages,
0:13
aussi grandes et leur diversité.
0:15
C'est un des rôles agréables de questionnaire de faire entrer chez vous pendant une heure ceux qui s'appellent entre eux les intellos.
0:22
Ce soir j'ai invité pour vous Edgar Morin,
0:24
qui vient de gauche et devient inclassable.
0:28
vous avez entre autres écrit
0:30
« On ne doit plus réserver la part la plus conne de soi-même à la politique » .
0:34
Alors qu'est-ce que vous entendez par là ?
0:37
dans une époque barbare,
0:39
où barbarie et civilisation se mêlent étroitement,
0:43
mais où de plus on se rend compte que nous sommes dans une planète,
0:47
une planète désormais une,
0:48
totalement rétrécie de par toutes les communications qui s'y passent,
0:52
mais en même temps entièrement déchirée,
0:54
incapable de résoudre ses problèmes,
0:57
à des monstres paranoïdes que sont les états-nations modernes,
1:00
pour dire qu'ils n'ont aucune régulation,
1:04
sauf quand leurs citoyens réussissent à réguler.
1:09
c'est l'intimidation,
1:10
c'est la peur mutuelle.
1:20
il tirait la sonnette d'alarme sur l'état de la planète,
1:24
Edgar Morin avait déjà passé l'essentiel de son temps à traquer les mouvements de fond de son époque,
1:29
les embrasser dans leurs contradictions,
1:31
à vouloir les comprendre tout simplement.
1:36
Il est aujourd'hui l'un des derniers grands penseurs humanistes à prendre au pied de la lettre la formule de Pascal,
1:41
ce philosophe qu'il chérit tant.
1:44
Je tiens pour impossible de connaître les parties sans connaître le tout,
1:48
non plus de connaître le tout sans connaître les parties.
2:03
C'est l'histoire d'une tête bien faite,
2:07
et qui en bon vivant va tenter de nous faire comprendre dans quel monde on vit.
2:19
Le jeune Edgar naît à Paris en 1921,
2:23
fils unique de Luna Beressier et de Vidal Nahoum,
2:26
venu en France faire commerce de bonnets et de draps.
2:32
Le jeune couple Naoum n'est pas peu fier de s'afficher publiquement derrière leur fils,
2:36
vainqueur du premier prix municipal du tricycle Fleury.
2:42
Un fils qui doit son prénom au fait d'avoir eu un père admirateur du républicain anticlérical,
2:54
Je pense que ma famille,
2:55
en fait que mes ancêtres,
2:57
ont fait le tour de la Méditerranée.
3:00
J'imagine qu'ils viennent de ces Hébreux,
3:04
se sont installés en Espagne,
3:06
ils ont vécu un millénaire,
3:08
puis ils se sont fixés à Salonique,
3:11
ville de l'Empire Ottoman,
3:15
Ce qui est très important pour moi,
3:17
c'est mon absence de forte empreinte culturelle.
3:20
Par rapport aux autres,
3:21
je n'avais pas d'identité claire.
3:25
Et ma matrie principale c'est la Méditerranée,
3:27
et puis finalement je me suis fait une patrie à travers l'école à Paris en France.
3:42
J'étais à l'école et bien entendu,
3:44
on me disait qu'est-ce que t'es ?
3:45
Parce que toujours on s'interroge,
3:48
Et moi je sentais que c'était bizarre pour moi d'être juif,
3:51
je ne savais pas très bien ce que ça signifiait,
3:53
c'était une identité négative.
3:56
Sa gueule d'ange d'adolescent,
3:58
trahit un esprit taraudé par ses origines judéo-espagnoles,
4:02
son tropisme méditerranéen,
4:04
son besoin de tout voir,
4:09
J'ai pas eu de culture.
4:11
Ma famille m'a pas apporté de culture et du reste je remercie mon père.
4:14
Parce que je me suis fait comme autodidacte,
4:18
je les ai trouvés par hasard.
4:19
Je suis tombé par hasard sur Tolstoy,
4:23
c'était les Illuminations.
4:26
je lis tous ces auteurs,
4:30
mais pourquoi on va étudier l'homme ?
4:32
on étudie l'esprit dans les sciences humaines,
4:35
et puis le cerveau dans la science biologique.
4:37
je n'arrivais pas du tout à entrer dans l'idée qu'il faut que ces savoirs soient closés.
4:43
si on m'explique qu'il faut qu'il y ait des spécialisations,
4:45
qu'on ne peut pas tout embrasser.
4:47
Mais je crois que mon modèle,
4:51
seulement il était anatomiste,
4:56
et je ne pouvais pas,
4:57
et encore aujourd'hui,
4:58
je ne peux pas me résigner au savoir parcellaire,
5:16
Vive l'unité prolétarienne sans laquelle aucune victoire n'est possible !
5:23
Vive le peuple ouvrier de Paris !
5:27
Dès que j'arrive un peu à la conscience politique après la prise d'Hitler au pouvoir,
5:33
les événements du 6 février 1934 que tout le monde a oublié,
5:37
mais qui était une sorte d'émeute pré-fasciste en France.
5:42
qui avait vu donner lieu au Front populaire,
5:46
tous ces événements m'obligent à m'interroger.
5:50
Je trouve un camarade étudiant et qui me dit,
5:54
pour comprendre le monde où nous sommes,
5:56
il faut faire comme Marx,
6:02
la connaissance de l'homme,
6:04
c'est toutes ces choses-là qui lui permettent d'avoir une vision forte de cette conviction.
6:11
Quand je m'inscris à l'université,
6:14
je ne cherche pas à m'inscrire pour un métier.
6:17
Je m'inscris pour une connaissance,
6:19
connaître ce monde dans lequel je suis.
6:23
Je m'inscris en philo parce qu'il y avait à l'époque philo,
6:30
Je m'inscris en histoire parce que l'histoire c'était capital.
6:36
Je m'inscris en droit qui me fait chier mais il y avait la science économique.
6:41
Je m'inscris à Sciences Po,
6:43
qui m'a apporté différents éléments.
6:48
après avoir vu dans mon enfance,
6:52
une culture avant tout littéraire,
6:54
mais une culture très riche,
6:56
mais là-dessus je superpose une autre culture,
7:02
historique et tout ça,
7:05
j'ai passé une année à lire Hegel.
7:09
C'était le penseur qui affronte les contradictions,
7:13
en disant on peut les dépasser,
7:16
c'est que la reconnaissance qu'on ne peut pas éviter les contradictions,
7:20
me convenait à moi parce que je me disais que j'ai toujours vécu en ayant le sens des vérités contradictoires en moi.
7:30
il avait cette idée du pari qui m'a beaucoup frappé.
7:34
Je l'ai prise non pas dans le sens religieux,
7:36
parce qu'il disait il faut parier en Dieu.
7:38
Puisque j'allais devenir un apôtre de la fraternité,
7:42
je parie dans la fraternité,
7:43
mais je ne suis pas sûr que ça va être réalisé.
7:48
Rien ne me dirigeait vers le Parti communiste.
7:51
quand la guerre éclate,
7:52
c'est la période de la drôle de guerre,
7:54
j'entre comme étudiant en Sorbonne,
7:55
je me sens pacifiste.
7:57
je suis de ceux pour qui ne voient pas que dans le nazisme,
7:59
il y a quelque chose de spécifique.
8:02
Mes idées étaient très incertaines.
8:06
Peut-être aussi que j'avais peur de la guerre.
8:09
L'idée qui me guidait,
8:11
il faut que ce monde change.
8:13
c'était vers le socialisme.
8:16
Il y avait différentes branches.
8:17
Il y avait trotskisme,
8:22
il ne faut pas qu'il y ait la guerre,
8:23
que ça ne devienne pas une boucherie comme en 1914.
8:27
Donc j'étais plutôt pacifiste.
8:30
je ne vais surtout pas être anti-hitlérien parce qu'Hitler persécute les juifs.
8:33
Il faut que je voie l'intérêt plus général,
8:35
plus global de l'humanité.
8:38
J'avais sans doute en moi une idée anthropologique très profonde en disant qu'il faut faire un grand sacrifice pour arriver à un grand bien.
8:48
Il faut dire qu'en plus,
8:50
j'avais juste 20 ans,
8:53
il faut tenter de vivre,
8:54
c'est-à-dire il faut risquer sa vie.
8:58
la France suit le maréchal Pétain.
9:01
J'ai été entraîné d'abord par petits coups,
9:03
j'ai participé avec des petits groupes communistes à des distributions de tracts.
9:12
Son communisme de guerre,
9:13
comme il le définit lui-même,
9:15
prend racine à Toulouse,
9:18
C'est autour de figures intellectuelles résistantes comme Clara Malraux,
9:21
Georges Friedman ou Vladimir Yankelevitch,
9:26
que Morin se fera remarquer.
9:32
Mais c'est à Lyon que Naoum Morin franchit le Rubicon.
9:36
Le premier métier que j'ai fait spontanément,
9:39
de militant clandestin,
9:42
Je me sentais très libre parce que j'avais plusieurs domiciles,
9:45
que je n'étais pas asservi aux contraintes d'une vie chronométrée et bureaucratisée.
9:52
J'étais lié secrètement à l'appareil central du parti communiste,
9:57
mais d'un autre côté,
9:57
je faisais partie d'un mouvement de résistance non communiste.
10:01
J'avais une double identité,
10:02
dont j'étais très content,
10:04
parce que j'avais une relation mystique avec le communisme,
10:06
parce que je connaissais l'appareil du parti,
10:09
c'était des types très rigides,
10:11
très langue de bois.
10:15
je préférais avoir une relation mystique avec le parti et pas une relation concrète avec les gens de l'appareil.
10:21
j'avais une relation très agréable avec les gens qui n'étaient pas communistes.
10:24
Les relations étaient beaucoup plus spontanées,
10:28
Donc j'ai vécu cette double identité,
10:34
qui me plaisait assez.
10:35
J'ai pris à un moment donné le pseudonyme de Morin.
10:39
Parfois je disais Naoum dit Morin,
10:42
Mais je vis cette double identité.
10:44
C'est d'ailleurs que je me dis,
10:46
je reste fils de mon père,
10:49
je suis le fils de mes œuvres et de mes activités.
10:53
Nous avons appartenu à la même organisation,
10:55
puisque les premières rencontres avaient pour objet d'unifier nos efforts.
11:01
mais mon périscope était quand même au sud de la ligne de flotte et zone,
11:05
mes amis proches savaient mes sentiments,
11:07
ce qui fait que j'avais une situation un peu trouble,
11:09
trouble psychologiquement,
11:10
mais enfin quand même.
11:12
C'est un truc pour vous,
11:13
parce que pendant toute la résistance,
11:18
on faisait de la résistance avec les gens qu'on connaissait,
11:21
Il y avait une même démentation par proximité.
11:24
Et cela créait automatiquement une camaraderie profonde.
11:29
Le premier acte de résistance,
11:34
Il y en avait absolument des.
11:36
On n'était pas responsables.
11:39
C'est Vicky Mitterrand qui est arrivée ici un jour.
11:43
Il venait de Londres et il fumait des cigarettes anglaises.
11:49
Et à un moment donné,
11:54
On était embarqués comme ça.
11:58
il dormait chez Robert.
12:00
Il n'a pas quitté cette résidence à Paris.
12:05
On ne l'a pas voulu.
12:07
On n'a pas été des héros.
12:10
La résistance est venue à nous.
12:12
Parce qu'on était deux honnêtes gens.
12:19
C'est au domicile de Marguerite Duras,
12:20
rue Saint-Benoît à Paris,
12:22
que Morin noue une complicité avec son mari Robert Antelme.
12:28
Edgar est fasciné par ces deux personnages généreux en amour et en amitié.
12:32
Il ne les quittera plus.
12:37
Alors le beau cadeau,
12:38
c'était Dionysse Mascolo,
12:40
qui devait être à ce moment-là donc mon adjoint et assistant.
12:43
Il n'était pas du tout communiste,
12:45
et je crois même que c'est moi qui ai introduit l'idée d'adhérer au Parti communiste,
12:53
qui est après venu chez Dionysse,
12:57
je crois que j'ai joui après,
13:01
auprès de Marguerite,
13:02
une sorte de privilège extraordinaire.
13:05
du fait d'être juifs.
13:07
Je ne sais pas s'ils n'avaient pas beaucoup rencontré juifs dans leur vie,
13:10
pendant la résistance,
13:11
on n'en rencontrait pas beaucoup,
13:13
mais ça leur semblait quelque chose de tout à fait remarquable de faire partie de ces immolés,
13:22
de ces victimes de l'injustice.
13:24
Alors communistes et juifs,
13:25
c'était très bon pour eux.
13:33
La guerre sans doute m'a sauvé parce que je crois qu'elle m'a permis d'assumer d'abord librement le risque de mort.
13:41
Je crois qu'il y a un besoin très profond.
13:43
J'avais très peur parce que je savais que j'avais trois motifs,
13:45
les uns de mise à mort,
13:47
j'étais à la fois...
13:49
je ne peux pas rêver mieux.
13:53
Le fait de risquer la mort et de travailler pour l'humanité me donnait une sorte de paix intérieure qui était beaucoup plus importante peut-être que la peur d'être arrêté,
14:11
je suis dans un trou et je ne sais pas quoi faire.
14:14
Je ne suis pas propulsé naturellement vers une carrière politique,
14:18
comme beaucoup de mes camarades.
14:19
Je suis complètement paumé.
14:22
J'ai pu échapper à cette situation de morosité,
14:25
je dirais de désarroi,
14:27
en ayant l'occasion de fuite,
14:32
d'arriver à l'état-major de la première armée,
14:34
qui avait pénétré en Allemagne peu avant l'effondrement total du Reich hitlérien.
14:42
conquise par la première armée française.
14:46
une ville d'eau comme l'était Vichy,
14:47
est miraculeusement intacte.
14:50
Peut-être justement parce qu'elle était occupée par les hommes de Vichy,
14:53
qui ont l'habitude de la fuite.
14:58
Moi je suis fasciné par cette Allemagne,
15:01
et ce qui m'intéresse,
15:04
c'est d'enfoncer les Allemands.
15:05
À la différence de la plupart de mes collègues français,
15:07
qui restent à l'époque très chauvins,
15:08
très anti-allemands.
15:11
mais c'est pas seulement le pays de la musique,
15:16
de tout ce que j'aime,
15:17
de tout ce que j'aime.
15:19
mais il y a quand même eu des antifascistes,
15:25
j'en ai trouvé d'ailleurs.
15:28
Puisque je voyais des fabuleux,
15:30
c'était pas seulement les villes anéanties partout,
15:33
mais c'était Berlin,
15:35
dans le fond dans lequel j'allais et je retournais.
15:38
Je passais d'est en ouest,
15:40
J'avais l'impression de venir une vie fabuleuse.
15:44
je ne pense pas écrire ce que je vois,
15:45
je le raconte à mes amis.
15:48
mon ami Robert Antelme,
15:49
revenu de déportation,
15:51
commençait à fonder une petite maison d'édition,
15:54
et il me dit « Mais pourquoi tu n'écris pas ça ? »
15:59
ce sont 250 pages qui expliquent en marxiste désabusé que les Allemands ne sont pas tous des nazis,
16:05
que l'espoir d'un monde meilleur repose sur le dépassement des contradictions patriotiques qui minent les nations.
16:12
Ils sont une poignée d'intellectuels à trouver ce texte courageux et le dire,
16:17
de même qu'un cinéaste réputé pour,
16:26
J'avais trouvé dans le parti cette substance paternelle et maternelle,
16:31
puisqu'il incarnait l'humanité.
16:34
si implacable et terrible,
16:35
me répondait à une certaine image du père.
16:38
C'est une autorité que,
16:40
même si elle me révoltait,
16:41
je sentais qu'il fallait l'accepter.
16:46
on voit un trait de mon caractère.
16:48
J'aurais dû quitter le Parti communiste.
16:50
J'aurais dû être un communiste de guerre,
16:51
comme j'ai été pile quitté dans les années 47-48.
16:54
Je ne l'ai pas fait parce que j'avais peur de trahir.
16:58
Cette machine m'a fait du bien en m'expulsant comme corps étranger.
17:02
je n'étais pas des leurs.
17:06
Morin a maintenant 30 ans,
17:08
mais il n'en a pas fini avec la disparition de sa mère,
17:11
décédée brutalement d'une crise cardiaque à 34 ans.
17:17
Je pourrais dire que c'est l'événement de ma vie,
17:23
j'étais enfant unique,
17:24
choyé par mes parents,
17:28
c'était une présence tellement oceanique,
17:32
j'ai tellement identifié que finalement,
17:35
bien que j'ai beaucoup de souvenirs d'elles,
17:36
je ne sais même pas quels étaient ces traits singuliers de caractère.
17:47
Cette perte a été d'autant plus ressentie qu'elle a dû être secrète.
17:52
J'ai voulu cacher mon chagrin.
17:56
c'est-à-dire une solitude atroce et un chagrin atroce.
18:00
Et puis l'espoir du retour de ma mère est un espoir qui est resté dans mon inconscient très longtemps,
18:08
jusqu'à un âge très avancé,
18:10
et bien que je savais que c'était perdu.
18:12
Et je crois que cette dualité,
18:13
c'est une sorte d'espoir mythologique qui continue,
18:16
et en même temps un sentiment que tout est foutu.
18:19
je crois que ce sont les deux pôles de moi-même qui sont liés à cet événement.
18:33
Ma vie est une recherche.
18:36
c'est une recherche pour essayer de vivre,
18:41
pour essayer de comprendre,
18:44
pour essayer d'être utile.
18:52
Mon premier livre important qui s'appelle L'Homme et la Mort,
18:56
j'ai réuni un peu les points de vue de sociologie,
19:02
enfin même de biologie.
19:03
C'est-à-dire que quand je traite un sujet,
19:06
j'essaye de l'éclairer dans toutes ses dimensions.
19:09
J'ai parlé de la réalité la plus biologique,
19:12
qui est que l'homme meurt,
19:14
et en même temps de la réalité la plus mythologique,
19:16
puisque l'espèce humaine,
19:19
elle a une croyance dès qu'elle apparaît.
19:21
dans la survie des morts ou dans leur renaissance.
19:25
C'est un sujet tabou,
19:26
qu'aucune discipline scientifique n'a encore réussi à embrasser dans sa totalité.
19:32
L'ouvrage frappe les esprits,
19:34
en particulier ceux du jeune philosophe Roland Barthes et de l'éminent sociologue Georges Friedman.
19:42
Cette fois augmentée et rééditée,
19:44
L'Homme et la Mort va faire de ce futur attaché de recherche au CNRS un authentique transdisciplinaire.
20:00
dès l'âge de 30 ans,
20:04
dans une section de sociologie,
20:07
on m'a laissé faire toutes mes incursions dans les sciences biologiques,
20:11
dans l'épistémologie,
20:13
Mais je crois qu'encore aujourd'hui,
20:15
je ne suis pas seul,
20:17
mais je ne suis pas,
20:20
et je n'ai jamais été d'ailleurs,
20:21
dans ce qu'on appelle la pensée dominante de telle ou telle époque.
20:25
C'est pour ça que j'aime tellement la réalité et le concret,
20:27
c'est parce qu'elle a quelque chose,
20:29
que mon esprit n'arrive pas à saisir.
20:31
Et alors c'est pour ça que je suis aussi anticartésien.
20:36
L'idée claire et distincte,
20:40
Elle saisit quelque chose,
20:43
C'est toujours le squelette des choses,
20:44
mais la chair s'en bat.
20:47
ce que les romantiques ont senti,
20:49
c'est l'harmonie des contraires.
20:51
Ils ont eu ce sentiment profond.
20:53
Alors si vous le dites comme ça,
20:55
mais quand on le vit,
20:56
on sent que la contradiction est en soi.
20:59
Et pas seulement la contradiction,
21:00
je dirais même l'indicible.
21:06
Et moi ce que je voudrais maintenant,
21:07
sur le plan de la théorie,
21:10
est arriver à ce point où l'on peut formuler ce qui est à la limite de l'informulable,
21:18
c'est ce que l'esprit ne pourra jamais totalement saisir.
21:26
le cinéphile et mélomane Edgar Morin va en déchiffrer l'indicible à travers un art capable de convoquer tous les sens et de parfaire la culture transdisciplinaire de l'esprit.
21:37
Je me suis lancé dans un corps perdu dans ce projet d'anthropologie du cinéma.
21:44
Et comme c'est un domaine où personne n'y connaissait rien et tout le monde s'en foutait,
21:51
J'ai toujours été libre parce que j'ai traité des problèmes auxquels le scientifique moyen ne s'intéresse pas.
22:00
Le sociologue est tellement habité par le 7e art que le chercheur en blouson noir ne va pas se contenter de l'expérimenter,
22:07
il va s'en servir pour déconstruire ses mythes.
22:10
comprendre la fascination qu'il exerce.
22:12
Qu'est-ce qui n'est pas vrai ?
22:13
On ne peut pas mentir devant une caméra quand même.
22:17
je ne peux jamais mentir.
22:20
Tu crois qu'on va pouvoir se revoir ?
22:22
En marge de la nouvelle vague,
22:24
Morin propose au cinéaste Jean Rouch d'aller patrouiller le réel.
22:29
Mais quand le premier veut d'abord mettre en scène le fatras des sentiments humains qui se nouent entre les gens,
22:34
Le second cherche une intrigue avant de lui trouver une forme cinématographique.
22:37
Retrouver le naturel et la vérité privée des gens.
22:41
Est-ce qu'on peut aborder les problèmes privés ?
22:43
Est-ce qu'on peut connaître la vérité privée des gens sans faire un film romanesque,
22:47
sans faire du roman ?
22:48
Tout le problème est là.
22:51
Alors on fait ça le soir,
23:00
Et on verra ce que ça donne.
23:00
Et on essaye de voir.
23:01
Au moment de chronique d'un été.
23:04
ce qui me fascinait à l'époque,
23:07
le moment où le cinéaste intervient comme un provocateur avec sa caméra et interroge les gens.
23:14
ce n'est pas une situation réelle,
23:16
c'est une situation que l'on crée artificiellement.
23:20
Mais c'est difficile,
23:22
Mais c'est difficile.
23:23
C'est difficile d'aborder.
23:24
Approche-toi un peu dans la bouche.
23:24
Approche la lumière.
23:33
par rapport à cette question de la guerre d'Algérie,
23:37
tout le monde est vaseux finalement.
23:39
Même ceux qui croient avoir des opinions bien tranchées,
23:43
bien fermes des solutions.
23:45
C'est très vaseux la France.
23:47
On peut sortir de cette vase dans laquelle tu te complais.
23:50
Non mais là je regrette mon Dieu.
23:52
En restituant une lumière vraie,
23:54
la vraie lumière sur ce dont on parle.
23:57
Car je crois que ce n'est que dans la mesure où il y a un mouvement d'opinion contre la guerre d'Algérie,
24:02
une attitude contre est valable.
24:08
C'est ses trois premières.
24:09
vous donnez raison à un rouge contre votre père.
24:16
Mon frère le connaît quand même.
24:17
si je dis quelque chose,
24:18
c'est que j'ai une expérience de la vie,
24:19
je sais ce que je dis.
24:25
Parce que t'es un enfant terrible que j'ai eu quand j'étais jeune.
24:29
À la poursuite du réel.
24:31
A la recherche du réel,
24:38
Dès qu'il y a eu le début de la pensée philosophique,
24:39
on s'est posé ces problèmes.
24:40
Qu'est-ce qu'il y a derrière les apparences ?
24:45
le cinéma vérité est né,
24:47
et le Festival de Cannes va le consacrer.
24:56
Depuis l'entre-deux-guerres,
24:57
le 7e art est une fabrique de mythes.
25:00
Mais personne ne cherche vraiment à élucider la place et le rôle des stars.
25:10
il y a un mouvement pour que
25:11
Belmondo apparaisse comme le Brigitte Bardot masculin,
25:15
enfin comme l'équivalent de Brigitte Bardot.
25:17
C'est quelqu'un qui a un très fort prestige de séduction.
25:20
Et alors ce qui est intéressant,
25:21
c'est qu'il n'a pas du tout un visage.
25:24
qui rappelle celui des jeunes premiers classiques.
25:27
Ce n'est un petit méfier où cette bouche elle-même un peu aplatie,
25:31
du reste on dit qu'il a fait de la boxe,
25:34
Il a une sorte de puissance virile qui s'exprime dans son visage.
25:39
Pensez-vous que Belmondo soit un modèle pour la jeunesse ?
25:43
Modèle de la jeunesse,
25:43
c'est-à-dire que dans ce film,
25:44
je crois qu'il a exprimé quelques-unes des attitudes existantes actuellement dans la jeunesse.
25:50
Quelles attitudes précisément ?
25:52
Ce que je viens de vous dire,
25:52
c'est-à-dire je crois que...
25:55
Il y a une sorte de dédain,
26:00
de révolte latente des jeunes à l'égard du monde dans lequel ils entrent et qui a été fabriqué par les adultes.
26:17
Vous n'êtes pas à New York,
26:20
Tous les vendredis soirs,
26:21
c'est la même chose.
26:22
500 jeunes viennent applaudir leurs copains.
26:25
Ils y viennent jusqu'à l'âge du départ pour le service militaire.
26:29
Dès la fin de la guerre d'Algérie,
26:32
la musique et la radio sont devenus les marqueurs effervescents d'une culture adolescente.
26:37
Elles fascinent littéralement le sociologue.
26:42
il se passe un événement tout à fait bizarre et inattendu.
26:47
qui avait une émission qui s'appelle Salut les copains,
26:50
invite les adolescents à une grande fête place de la nation.
26:56
la violence apparaît.
26:58
Les grilles des arbres sont soulevées,
27:00
des voitures sont renversées.
27:02
J'avais été très frappé par les films sur l'adolescence rebelle.
27:06
Il faut penser que quelques années auparavant étaient sortis les films de James Dean.
27:10
Pour la première fois,
27:11
le cinéma avait des héros de l'adolescence.
27:14
Je fais une série d'articles pour dire que c'est un des symptômes de la poussée d'une sorte de classe,
27:27
Donc je fais une série de deux ou trois articles dont l'un s'appelle le yéyé,
27:33
parce qu'évidemment,
27:39
Il prend son temps pour expliquer la montée en puissance de l'esprit libertaire et la haine du conformisme bourgeois.
28:03
C'est un très gros tirage,
28:04
je pense au fait qu'un film est du plus de centaines de milliers de spectateurs.
28:08
Je pense au fait qu'une émission de radio ou de télévision est vue,
28:11
par des centaines de milliers de gens,
28:13
donc elle est massive.
28:15
Produite massivement,
28:20
Il y a même une partie de mon livre que j'appelle l'industrie culturelle.
28:24
Le propre de cette culture de masse qui s'est développée à partir de la radio,
28:30
c'est qu'elle est proposée sur un marché.
28:32
Elle est faite pour être consommée.
28:33
C'est qu'on peut l'acheter ou ne pas l'acheter.
28:36
Vous pouvez fermer votre bouton de télévision.
28:41
Je crois qu'une des erreurs,
28:42
il y a eu une époque où certains sociologues,
28:45
disaient que les médias allaient,
28:48
en gros pour parler simplement,
28:50
ils employaient des mots savants,
28:52
ils disaient massifier,
28:54
ils voulaient dire abrutir.
28:55
Ils pensaient que les médias vont abrutir le peuple,
28:58
ils vont tous penser la même chose,
28:59
ils vont tous regarder la même émission à la même heure,
29:03
C'est une espèce de fantasme intellectuel.
29:04
Les intellectuels ont toujours peur pour le peuple.
29:07
j'ai été très surpris parce que je l'avais rencontré à Prascati.
29:10
Il m'avait semblé très sympathique,
29:15
il y a ce coup de poignard.
29:21
j'étais à la fois trop semblable et trop déssemblable de lui.
29:26
J'étais dissemblable,
29:28
par ma façon de penser.
29:32
Que lui il cloisonne tout et moi que j'enrôler tout.
29:35
Lui il a enfermé les gens dans leur habitus,
29:40
Moi je posais le livre « Comment se fait-il que
29:45
soit aimé dans toutes les classes de la société,
29:47
dans tous les pays ? »
29:49
Pour lui c'était absurde,
29:51
il y avait les goûts des ingénieurs,
29:54
les goûts selon l'habitus,
29:59
mon livre a été maudit et...
30:03
des dizaines d'années,
30:05
il y aurait des sociologues jusqu'à une réhabilitation.
30:09
moi j'étais une de ces victimes privilégiées,
30:13
j'en ai souffert uniquement psychiquement,
30:19
Chaque discipline a désormais ses stars,
30:21
surtout en psychanalyse,
30:22
en philosophie ou en sociologie.
30:27
Qu'entendez-vous par une forme culturelle ?
30:32
Par forme culturelle,
30:34
j'entends si vous voulez la manière dont,
30:37
dans une culture donnée,
30:40
un savoir s'organise,
30:42
s'institutionnalise,
30:44
libère un langage qui lui est propre et éventuellement atteint une forme que l'on peut appeler scientifique ou que l'on peut appeler parascientifique.
30:58
C'est précisément cette langue-là que Morin ne veut plus entendre.
31:02
Depuis son ouvrage Autocritique,
31:06
il cherche à séparer le bon grain marxiste de l'ivraie communiste,
31:09
à sortir de la guerre froide de la pensée.
31:13
avec quelques compères,
31:14
il échate à l'eau un bateau ivre éditorial où l'orthodoxie est bannie.
31:21
C'est une période effectivement d'interrogation.
31:23
Nous avons été la revue des sans-fleurs.
31:28
argument a correspondu à un temps précoce et aujourd'hui on le voit très bien,
31:34
les problèmes posés par argument sont ceux qui ont ressuscité dans les années d'après 77,
31:42
La conjoncture fait qu'alors qu'il y avait un marxisme assez consolidé qui a suivi les années 68,
31:50
ce marxisme commence à faire chier,
31:53
les gens ne voient plus rien.
31:56
le structuralisme qui avait régné longtemps,
32:00
dépérit de plus en plus,
32:03
on sent que l'élimination de l'histoire,
32:05
l'élimination de l'homme,
32:07
l'élimination du sujet,
32:09
c'est quelque chose.
32:10
Ça a été masqué par des esprits très brillants comme
32:13
Lévi-Strauss ou Foucault.
32:17
c'est une époque de crétinisation intellectuelle.
32:32
Morin est entraîné par le CNRS sur une enquête sociologique au long cours.
32:36
qui va le mener plusieurs mois durant dans le petit village de Plos-et-Vette,
32:42
Il s'agit d'étudier au plus près la métamorphose de la vie des Français.
32:48
tradition et modernité coexistent au prix du silence et du non-dit.
32:53
à ses risques et périls,
32:55
de briser quelques tabous.
33:03
Premier point de vue,
33:04
le bouquin n'aurait jamais dû paraître.
33:06
Il a recherché le sensationnel,
33:09
parce qu'il est un mercenaire.
33:11
il est venu ici dans une intention mercenaire.
33:20
il y a beaucoup trop de cancans dans ce livre.
33:24
Des raconteurs de la voir.
33:26
beaucoup de cancans,
33:28
et je crois même que certaines phrases pourraient amener quelques brouilles.
33:35
Closévette est peut-être atteinte de pas mal de maladies honteuses,
33:38
mais nous ne savions pas qu'on était...
33:39
nous étions atteints de pavésisme,
33:41
de bovarisme et puis de...
33:47
Alors pour la petite histoire,
33:49
nous ne savions pas que
33:51
Pavés, c'est un auteur italien,
33:56
en transposant évidemment,
33:58
que les femmes de Possevet fassent le pavé,
34:03
Comment se fait-il que là où j'ai voulu respecter les confidences,
34:08
eux voient des indiscrétions ?
34:10
Comment se fait-il que là où moi j'ai voulu montrer qu'il y avait une culture bigoudaine,
34:15
qui a été extrêmement riche,
34:18
qui reste très vivante,
34:22
qui a ses racines dans un passé fondamental,
34:25
ils se voient trahis ou certains calomniers.
34:29
Comment se fait-il que moi,
34:30
qui ai voulu montrer que ce coin,
34:35
dans le fin fond du Finistère par rapport aux autres Français,
34:38
a les mêmes problèmes que les autres Français,
34:40
mais de façon plus dramatique,
34:42
avec des problèmes de sous-développement économique,
34:44
avec le problème de comment passer à un niveau de vie supérieur sans perdre d'une civilisation très riche,
34:50
ils voient un effort de dérision.
34:51
C'est ça qu'il faut comprendre.
34:52
Et c'est ça que je vais essayer de comprendre.
34:54
Je crois que le premier tiers du livre,
34:57
la monographie de Blauzevac,
34:58
est donnée d'une façon,
35:00
S'il avait voulu se passer des ragouts,
35:02
des citations faites dans les conversations qu'il a données,
35:05
je suis persuadé que le livre représentait une image assez valable de Blauzevac.
35:09
Nous avons été candides.
35:11
C'est vraiment un habit de confiance.
35:12
Donc j'en reviens à ceci,
35:14
c'est que pour le biloudin,
35:15
ce que nous avons dit,
35:16
c'était une confidence.
35:18
au point de vue sociologique,
35:19
c'est une déclaration adhérente.
35:21
La réaction qu'ils ont,
35:23
si critique soit-elle à mon égard,
35:26
parce qu'ils réagissent à partir de quelque chose,
35:29
et je dis qu'il faudrait qu'ils poursuivent cette réaction,
35:31
non plus tellement en cherchant tel ou tel point de détail qui leur est choqué,
35:36
ou tel ou tel point personnel,
35:39
à mieux analyser leurs problèmes.
35:40
Et ce n'est pas une critique que je fais,
35:42
parce que ce qui vaut pour Plozeved,
35:43
mais le vaut aussi pour les gens qui tiennent la bombe atomique entre les mains,
35:46
pour les chefs de gouvernement et pour les philosophes.
35:49
Nous ne savons pas ce qui se passe en nous.
35:50
Et tout notre effort de savoir ce qui se passe en nous,
35:54
si j'étais à Possevèze,
35:54
c'est pour savoir un peu ce qui se passait aussi en nous,
35:57
français en général,
35:58
et en moi aussi peut-être.
36:22
Tout est politique au sens noble du terme chez Morin.
36:26
Mais plus il avance dans ses recherches,
36:28
moins l'intérêt de se spécialiser prévaut.
36:31
À l'orée des années 70,
36:33
il veut au contraire penser globalement,
36:35
relier les sciences,
36:37
étudier les interactions invisibles qui agissent sous la voûte du cerveau.
36:43
Grâce au Nobel de médecine Jacques Monod,
36:45
qu'il avait depuis un moment repéré,
36:47
le nouveau directeur de recherche du CNRS trouve une occasion inespérée de changer de braquet.
36:54
Il intègre la biologie dans sa recherche philosophique.
37:06
Et c'est en Californie,
37:09
célèbre pour y entretenir la réputation des scientifiques de haute volée,
37:12
que Morin va littéralement s'éclater.
37:18
Si je réussis le travail que je suis en train de faire actuellement,
37:24
ce sera pour montrer qu'il est possible à n'importe qui d'essayer de comprendre le monde,
37:31
que ce n'est pas une ambition illégitime.
37:33
grotesque ridicule mais que c'est l'inspiration normale de tout être humain et qu'il ressent je crois peut-être dès sa naissance quand il est doué animé par la curiosité qui veut savoir ce qui se passe qui sommes nous qu'est ce que je suis pourquoi est ce que je vis
37:49
qu'est-ce que c'est que la vie ?
37:50
Qu'est-ce que c'est la vie ?
37:51
Qu'est-ce que c'est que cette planète sur laquelle on vit ?
37:54
Et qu'est-ce que c'est ce système soleil ?
37:55
Dans quoi sommes-nous ?
37:56
Qu'est-ce que c'est que ces choses-là ?
37:57
C'est-à-dire quelqu'un qui regarde les étoiles en disant « qu'est-ce que c'est ? »
38:00
Quelqu'un qui regarde en lui-même en disant « qui suis-je ? »
38:02
Ce sont ces questions élémentaires.
38:05
Qui sont métaphysiques.
38:07
Elles sont philosophiques,
38:08
métaphysiques et scientifiques à la fois.
38:10
Ce sont des questions fondamentales.
38:12
Vous pouvez leur donner des réponses métaphysiques,
38:14
des non-réponses scientifiques,
38:16
ou des pseudo-réponses philosophiques.
38:19
ce sont des questions qui ne sont ni métaphysiques,
38:21
ni quoi que ce soit.
38:22
Ce sont nos questions.
38:24
Après la Californie,
38:26
c'est là où brusquement,
38:29
le mot méthode s'impose à mon esprit.
38:37
Mais je ne sais pas encore ce que je vais mettre.
38:40
Donc j'ai ce truc en tête.
38:43
Et s'il se trouve qu'au cours d'un séjour à New York,
38:54
dans un de ces trois gratte-ciels du village aux 27e.
38:58
étage avec une vue splendide sur la statue de la liberté sur le fleuve sur la rivière sur les avions qui passent le monde je suis dans un endroit absolument cosmique presque et c'est dans cet appartement que
39:15
je suis assurant posséder et que je me lance dans l'introduction à la méthode
39:30
Et à l'époque c'est Angie des Rolling Stones qui m'exalte,
39:39
Une fois que j'ai relu,
39:42
longtemps par la suite,
39:44
j'ai vu que c'était comme le germe.
39:47
Il y a déjà tout le fruit,
39:50
c'est une sorte de...
39:53
mais à l'état germinal.
40:05
Et c'est terriblement intimidant,
40:08
J'ai interrogé Edgar Morin quand on a lu la méthode.
40:13
qu'il n'aimait pas être le sociologue de service,
40:17
mais je crois qu'il est en train de devenir le métaphysicien de notre époque.
40:25
dialogué avec quelqu'un dont il n'aime pas,
40:27
dont il n'en prend pas le mot,
40:28
mais c'est un signe de respect,
40:31
son rapport avec Dieu.
40:36
Je n'ai pas de rapport avec ce monsieur.
40:40
Je veux dire que je ne nie pas qu'il y a un mystère dans les choses.
40:45
Et dans la mesure où il y a une mystique,
40:49
il y a quelque chose,
40:51
une recherche dans l'au-delà du langage qui évidemment correspond à quelque chose de profond.
40:55
Profond dans quel sens ?
40:57
Je veux dire que pour moi,
40:59
c'est une attitude d'esprit qui dit que nous ne pouvons pas...
41:03
enfermer dans notre esprit et réduire à des idées l'infinie complexité et l'infini mystère du monde.
41:13
le matérialisme refuse la rationalisation qui croit tout mettre dans la boîte mentale.
41:18
Et alors ce respect de ce qu'on peut appeler le réel ou le physique,
41:24
c'est en même temps le respect pour le mystère de l'univers.
41:30
Vous faites souvent référence à la notion de pensée complexe.
41:34
C'est votre mot d'ordre actuel,
41:35
il faut apprendre à penser complexe.
41:37
vous pouvez nous expliquer ce qu'il faut entendre par là et par rapport à quoi ?
41:39
c'est que l'on peut se faire un peu de la pensée complexe.
41:40
Vous voulez de la complexité,
41:42
c'est être capable de penser à travers de l'incertitude et de la contradiction.
41:49
c'est une vision mutilante du réel,
41:52
c'est-à-dire vous ne voyez qu'un aspect.
41:54
dans les phénomènes sociaux,
41:55
il y en a qui voient que la dimension politique,
41:56
d'autres qui voient que la dimension économique,
41:59
je suis persuadé que la pensée mutilée conduit à des actions mutilantes.
42:03
On croit agir sur tel aspect de la réalité,
42:06
La pensée technocratique ou techno-économiste qui a régné ne s'est pas rendue compte qu'en décidant telle ou telle mesure qu'elle croyait être pour le bien de la population,
42:15
elle opérait des destructions culturelles ou humaines terribles.
42:18
Ce n'est pas simplement que nous possédons des idéologistes.
42:21
Les idéologies nous possèdent aussi et sont capables de nous dicter nos comportements.
42:25
De même qu'un dieu barbare disait « fais-toi tuer,
42:28
des idéologies nous disent « égorge,
42:32
les choses qui sont sorties des interactions entre nos esprits,
42:37
dont l'idée de l'État,
42:38
dont l'idée de patrie,
42:39
dont l'idée d'humanité,
42:42
se situe dans un univers et dans lequel nous sommes complètement agarres et dépassés.
42:47
C'est le seul livre qui ait suscité un mouvement de presse,
42:51
c'est le dernier volume,
42:53
parce que ça a apparu comme une sorte de...
43:00
Mais comme disons d'un travail de 30 ans qui s'achève,
43:04
c'est-à-dire une sorte d'exploit,
43:11
articulée dans une explication complexe des raisons pour lesquelles on aime,
43:17
on spécule sur la nature,
43:24
C'est une somme magistrale qui va faire de lui une sorte de grand sage des bonheurs désormais aimé pour ce qu'il est.
43:31
Un homme sans artifice,
43:33
le lit-on pour autant ?
43:35
Je relis pour le moment Edgar Morin car je travaille sur la pensée complexe et donc je vois toute la méthode d'Edgar Morin.
43:44
Le pouvoir et les médias aiment s'encanailler avec ce tribun animé par le bien commun.
43:50
aux deux sens du terme.
43:53
Morin ne se fait pas prier pour mettre les mains dans le cambouis,
43:56
agiter les neurones des politiques,
43:58
pousser un cri d'urgence si nécessaire.
44:02
c'est là qu'il faudra en avoir.
44:05
Sans illusion toutefois.
44:07
La France est un pays particulièrement sclérosé,
44:11
où les choses ne bougent pas sur les disciplines.
44:16
elles sont réservées aux experts.
44:19
D'autant plus que le système cognitif s'est dégradé.
44:23
Et s'est dégradé pourquoi ?
44:25
Parce qu'à partir du moment où la politique s'est réduite à l'économie...
44:29
Tout est réduit en chiffres et en calculs.
44:33
la part de réalité que saisissent les calculs est très limitée.
44:37
La part de réalité humaine,
44:39
qui est la souffrance ou la joie ou tout ça,
44:41
et c'est-à-dire que quand tu vis le monde
44:48
tu vis dans un monde purement abstrait,
44:50
comme vivent les éconocrates qui nous dominent actuellement.
44:58
Ni en profondeur dans l'opinion,
44:59
ni dans l'opinion des responsables,
45:02
ma parole n'a d'importance.
45:09
Savourant malgré tout sa revanche en laissant son nom sur des frontons,
45:12
le spécialiste de la pensée complexe n'est pas dupe pour autant.
45:16
Rien ne change vraiment.
45:19
Sauf peut-être en Amérique latine,
45:21
où ses thèses transgressives suscitent une authentique mobilisation intellectuelle.
45:27
Ce n'est pas des cultures fermées,
45:28
c'est des cultures ouvertes.
45:32
Dans le monde enseignant,
45:33
on essaie de sortir de la routine pédagogique,
45:37
de faire appel aussi bien à l'émotion qu'à l'intelligence.
45:42
C'est un monde très chaleureux.
45:46
ce n'est pas seulement une appréciation du cerveau froide,
45:49
c'est une appréciation chaude.
45:52
Après une conférence là-bas,
45:55
On vous embrasse et parfois on vous fait danser aussi,
45:59
souvent on vous fait danser.
46:00
je ne demande que ça.
46:15
Les femmes que j'ai aimées
46:18
m'ont inspiré pas seulement de l'attraction,
46:21
mais en ce moment même mystique.
46:26
Je ne peux pas faire mon travail intellectuel s'il n'y a pas une combustion amoureuse en moi en même temps.
46:41
C'est très intense pour moi.
46:43
Ça n'empêche pas les nostalgies de venir,
46:45
mais je ne me laisse jamais noyer dans les nostalgies.
46:51
Elles reviennent sans cesse,
46:52
et je pense qu'il est sain qu'elles reviennent,
46:55
parce que ce sont des vrais amours,
46:57
des vrais amis qui y sont passés.
46:59
Mais je pense que le fait de vivre aujourd'hui,
47:02
comme j'ai toujours vécu,
47:04
et d'une façon même exceptionnelle à mon âge,
47:08
en ayant des mêmes sentiments juvéniles.
47:10
que je peux avoir pour mon épouse ou aussi bien pour mes amis,
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c'est quelque chose,
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qui fait que je ne me laisse jamais submergé par la nostalgie.
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La vie n'est pas qu'un processus de démolition.
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me paraît beaucoup plus beau qu'à 35.
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L'émassier lui va mieux que le rondouillard.
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ce n'est pas la fratrie,
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ce n'est pas le fait d'être frère.
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C'est le fait au contraire de rompre avec la famille naturelle pour faire une famille avec ceux qui ne sont pas de la famille.
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C'est une affinité élective qui se construit symboliquement dans le combat et qui se construit toujours contre,
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Ce que je crois tout d'abord,
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c'est que dans la devise liberté,
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la liberté peut s'instituer.
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L'égalité peut s'imposer,
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mais la fraternité on ne peut pas l'imposer.
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Nous sommes dans une époque où l'humanité a des problèmes communs fondamentaux.
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Elle a une communauté de destin très ample qui englobe les communautés de destin des nations.
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Une fraternité humaine,
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il y a eu quand même cette fraternité.
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Quand il y avait les internationales,
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les gens se sentaient frères.
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Contre un ennemi qui était le capitalisme,
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qui était l'oppression.
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nous pouvons nous sentir frères contre une folie qui nous détruit.
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Il ne faut ni hypostasier,
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isoler le problème écologique,
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Et comment le réduit-on ?
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Il y a une première réduction,
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que j'appellerais la réduction technocratique ou technologistique,
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qui consiste à le réduire à une série de pollutions,
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chacune bien classée,
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le grand problème d'ensemble devient ici un problème de fumée,
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là un problème de DDT,
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ailleurs un problème d'excréments.
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c'est que nous avons un problème global qui est posé.
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qui est un remède partiel effectivement des pollutions,
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est aussi elle-même un aspect de ce courant fondamental qui a créé cette croissance exponentielle.
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Depuis plus d'un demi-siècle qu'il ressasse les périls écologiques avec une troublante prémonition,
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l'auteur de Terre Patrie hâte ses concitoyens.
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à chercher par eux-mêmes une nouvelle voie,
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fraterniser quoi qu'il en coûte,
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Dans les processus dominants,
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on ne peut qu'être inquiet,
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que ce soit la dissémination nucléaire,
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les périls sur la biosphère,
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le dérèglement économique,
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la démographie galopante,
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la marche incontrôlée de la technique et de la science,
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Tous ces processus semblent aller probablement vers on ne sait quelle catastrophe.
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le probable n'arrive pas toujours.
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l'improbable heureux arrive.
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quand cinq siècles avant notre ère,
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déferle sur la petite cité d'Athènes,
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qui peut penser que cette minable cité va résister par deux fois à cet immense empire ?
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grâce à quoi on a eu la naissance de la démocratie.
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L'institution philosophique.
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c'est la possibilité de l'improbable.
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C'est le destin humain de prendre des risques,
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je pense qu'il ne faut être ni pessimiste,
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il faut être résolu.
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Tout ce qui est progrès technico-scientifique-économique n'a conduit à aucun progrès éthique,
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intellectuel et rationnel.
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Nous assistons aujourd'hui à une régression formidable de la capacité intellectuelle,
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de la capacité éthique,
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de la capacité relationnelle.
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Il est certain de nous rendre compte que la supériorité technique n'est pas une supériorité éthique.
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je suis un arbre qui dissémine ses plantes.
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Je les dissémine à travers mes livres,
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je trouve des esprits qui sont intéressés,
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mais je les considère comme des esprits.
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Je ne considère pas comme disciple.
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Cette méthode ne s'applique pas mécaniquement.
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Elle appelle les esprits à développer leur puissance de compréhension personnelle.
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Ce qui flotte en l'air,
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c'est son ressentiment à l'endroit de ceux qui disent connaître son œuvre,
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mais ne la lisent pas,
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qui ne cherchent aucunement à le comprendre,
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alors que jamais les mots « interdisciplinarité »
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Convivialité ou complexité n'ont été si usitées dans le langage commun.
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Une contradiction cette fois bien réelle et qui,
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pour l'auteur de la méthode,
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a décidément bien du mal à être dépassée.
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Edgar Morin reste la victime collatérale d'une élite exaltée par toujours plus de modernité.
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Et si en définitive,
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l'auteur méconnu d'amour,
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n'était pas aussi la bienveillante caution magique de notre époque.
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Celle d'un monde déboussolé qui convoque en catastrophe des libres penseurs de sa trempe pour tenter de comprendre a posteriori ce qui lui arrive.