LE STOÏCISME - N'ayez aucune attente
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tout le monde.
Bonjour à tous.
Aujourd'hui, on va parler du stoicisme.
Il y a un dicton qui dit "L'espoir fait
vivre.
Le monde va mal, mais l'espoir fait
vivre. J'ai une maladie grave mais
l'espoir fait vivre."
Les stoïciens répondent : "Non, l'espoir
ne fait pas vivre. L'espoir fait périr.
Il nous rend malheureux.
Pourquoi l'espoir nous rend-il
malheureux ? Parce que le propre de
l'espoir, c'est de miser sur des choses
qui ne dépendent pas de nous. C'est de
miser sur de l'inconnu, sur de
l'imprévisible,
sur de l'incontrôlable.
Et donc, c'est faire dépendre notre
bonheur ou notre malheur de choses qui
ne sont pas sous notre contrôle.
Autant jouer directement son bonheur au
lancer D.
Quand on espère quelque chose, qu'est-ce
qu'on fait ? On dit "Si telle chose
arrive, je serai heureux et si elle
n'arrive pas, je serai malheureux."
Très bien. Donc ça veut dire que ce sont
les événements qui décident si oui ou
non on est heureux.
Ce n'est jamais nous-même.
En ce sens, l'espoir, c'est la
délégation de sa vie intérieur aux
choses extérieures.
C'est l'abandon de sa responsabilité
émotionnelle.
Prenons un exemple.
J'espère gagner au loto. Donc je joue
puisqu'il paraît que 100 % des gagnants
ont tenté leur chance.
Je regarde le tirage à la télé. Je vois
sortir les numéros.
J'ai un premier bon numéro, un deuxième,
un troisè.
Mince, j'ai pas le 4e
et j'ai pas le 5e
ni le 6e.
J'ai eu ce qu'on appelle un faux espoir.
Ce que nous disent les stoïens, c'est
qu'un espoir est toujours faux par
définition.
Parce qu'un espoir repose toujours sur
de l'incontrôlable.
Les numéros du loto, c'est pas moi qui
en décide. Je suis spectateur du tirage
du loto.
Je suis dans une situation de passivité.
L'espoir, c'est la passivité.
Alors, vous allez me dire "OK, mais
l'espoir, c'est pas juste l'espoir de
gagner au loto.
On peut espérer des choses totalement
différentes,
des choses qui ont une probabilité
d'arriver un peu plus élevée que celle
de gagner au loto.
Des choses qui ne dépendent pas
entièrement du hasard.
Par exemple, votre meilleur ami est venu
passer la soirée chez vous.
Il a bu quelques verres puis bah il est
rentré chez lui.
Vous espérez qu'il soit bien rentré,
qu'il n'ait pas eu d'accident sur la
route.
Bon et bien ça tombe bien, il vient de
vous envoyer un message pour vous dire
qu'il était bien rentré.
Mais sauf que s'il est bien rentré, bah
c'était pas parce que vous l'avez
espéré.
Votre espoir n'a pas eu d'influence.
Il n'a pas eu d'impact sur le fait qu'il
soit bien rentré.
La meilleure preuve, c'est que s'il
n'était pas bien rentré, s'il avait eu
un accident sur la route, votre espoir
lui aurait été exactement le même.
Donc ça n'a rien à voir avec l'espoir,
le fait que votre ami soit bien rentré
chez lui.
Çair avec des choses qui ne dépendent
pas de vous.
Autre exemple,
vous espérez sans doute que votre enfant
vive longtemps, qu'il soit en bonne
santé, qu'il soit heureux,
mais le fait est que malheureusement
votre espoir que votre enfant vive
longtemps ou votre espoir que votre
enfant soit heureux ou en bonne santé,
mais c'est pas ça qui fera que ce sera
le cas.
ce sera ce qui va lui arriver
ou ce qu'il va faire.
Votre espoir est une donnée neutre dans
l'équation,
une donnée superfétatoire.
Superfétatoire, ça veut dire qui
s'ajoute inutilement à la situation.
une donnée qui ne change rien ou plutôt
une donnée qui vous fait oublier qu'elle
est inutile.
Le problème de l'espoir, c'est qu'il
nous donne une impression de maîtrise.
C'est qu'il nous fait oublier que ce
qu'on espère ne dépend précisément pas
de nous.
C'est la phrase d'épictet dans son
manuel quand il nous dit, je cite,
"Quand tu embrasses ton enfant, garde à
l'esprit que tu embrasses un mortel."
C'est dur comme phrase,
ça fait mal.
Mais c'est vrai,
la vie de notre enfant ne dépend pas de
notre espoir qu'il vive.
On aura beau espérer qu'il ne meurent
jamais, un jour ou l'autre, il mourra.
Et notre incapacité à admettre cette
réalité, la souffrance qu'on éprouve à
l'idée de cette mort inéluctable,
elle est la preuve que nous voulons
croire que nous pourrions échanger
quelque chose.
Elle est la preuve que nous n'acceptons
pas la réalité telle qu'elle est et que
nous préférons la remplacer par nos
espoirs.
L'espoir, c'est toujours l'espoir de ce
qui ne dépend pas de nous.
C'est l'espoir que ce qui ne dépend pas
de nous dépend de nous.
C'est un mensonge,
c'est une illusion.
Il y a des espoirs qu'on pensent
raisonnables.
Vous préparez un entretien d'embauche,
vous êtes qualifié,
vous présentez bien, vous avez bon
espoir d'être engagé. Très bien. On est
d'accord qu'avoir bon espoir d'être
engagé, ça ne veut pas dire que vous
serez forcément engagé. Il est possible
que le recruteur choisisse quelqu'un
d'autre.
Il est possible que malgré toutes vos
qualités, malgré votre CV, malgré votre
expérience,
le recruteur vous préfère quelqu'un
d'autre.
C'est possible. Bien sûr que c'est
possible.
Autrement dit, même dans les cas où vous
avez un espoir raisonnable que quelque
chose se produise,
si ce quelque chose ne dépend pas
entièrement de vous, vous ne pouvez pas
en être sûr.
Vous ne pouvez pas en être sûr à 100 %.
Ce que nous disent les stoïens, c'est
que si le résultat ne dépend pas de vous
à 100 %, dans ce cas, pourquoi espérer ?
Pourquoi miser émotionnellement sur
quelque chose s'il n'est pas garanti à
100 % que ce quelque chose va arriver ?
Pourquoi pas ? Parce qu'on est bien
d'accord qu'espérer quelque chose qui
finalement n'arrive pas.
Ben, c'est plus difficile à supporter,
c'est plus frustrant émotionnellement
que le fait que ce quelque chose
n'arrive pas sans qu'on l' espéré.
D'ailleurs, c'est bien pour ça qu'on
parle de déception.
C'est quoi la déception ? La déception,
c'est quand ce qu'on avait espéré ou ce
qu'on aurait souhaité n'arrive
finalement pas.
Tout est dans le finalement.
Finalement, ça sous-entend qu'on s'était
déjà mis virtuellement dans la situation
qu'on espérait.
Autrement dit, quand on espère, on
anticipe.
Mais on anticipe ce qui ne dépend pas de
nous. Ce qui veut dire que lorsque ce
qu'on anticipe n'arrive pas, on
s'inflige une double peine.
On s'inflige un double préjudice,
un préjudice factuel, matériel.
La chose n'est pas arrivée
et un préjudice émotionnel,
la chose n'est pas arrivée alors qu'on
attendait qu'elle arrive.
Douleur plus souffrance.
Ce que les bouddhistes appellent la
deuxième flèche.
La première flèche c'est la douleur.
C'est l'événement des plaisants. La
deuxième flèche c'est la souffrance.
C'est la douleur psychologique
issue de l'anticipation du résultat qui
n'a pas été obtenu.
Et là, je vais faire un petit détour par
Rousseau pour qu'on comprenne bien cette
idée d'espoir déçu.
Rousseau disait "On jouit moins de ce
qu'on obtient que de ce qu'on espère.
On jouit moins de ce qu'on obtient que
de ce qu'on espère. Ça veut dire c'est
dans l'espoir qu'on jouit réellement.
C'est dans l'espoir qu'on éprouve le
plus de plaisir.
Pourquoi ? Parce que l'espoir,
c'est la visualisation de ce qu'on
espère.
L'espoir, nous dit Rousseau, rend
l'objet désiré présent à l'esprit.
C'est l'enfant qui attend son cadeau de
Noël. Ilattend avec impatience.
C'est dur d'attendre,
c'est pénible d'attendre,
mais c'est agréable d'attendre
parce que c'est agréable de se projeter
mentalement dans la situation où on aura
enfin ce qu'on espère.
Ça marche aussi pour les adultes.
Quelqu'un vous plaît, vous comprenez que
vous lui plaisez aussi.
Vous vous donnez un rendez-vous
et là qu'est-ce qu'il se passe en vous ?
Il se passe que vous êtes excité.
Excité au sens émotionnel,
au sens quasi nerveux,
au sens d'impatient.
En plus de l'être au sens sexuel.
Vous vous imaginez la fin du
rendez-vous.
Vous vous imaginez embrasser la
personne,
coucher avec la personne,
vous fantasm.
Et ça veut dire quoi fantasmer ? Ça veut
dire se faire une représentation
mentale.
Se faire un film littéralement,
vous jouez mentalement le film de la
relation sexuelle.
Et votre excitation,
c'est l'anticipation par votre corps de
quelque chose qui a des chances
d'arriver mais qui pour vous exciter
autant doit ne pas être encore arrivé.
Il faut que ce soit encore virtuel,
encore seulement imaginaire
et ça finit par arriver.
Et quand ça arrive, bah c'est bien mais
finalement
sans plus,
c'est décevant.
Et c'est là où ce que nous dit Rousseau
est très intéressant. Écoutez bien,
l'espoir est toujours déçu.
Pourquoi l'espoir est toujours déçu ?
parce que soit il ne se réalise pas et
donc on est déçu,
soit il se réalise et donc on est déçu.
On est déçu parce que ce qui arrive
n'est jamais à la hauteur de ce qu'on
avait imaginé.
Ce qui est à l'œuvre dans l'espoir, nous
dit Rousseau, c'est l'idéalisation.
On idéalise ce qu'on désire.
Et une fois qu'on l'a, une fois qu'on
l'obtient, qu'on le consomme,
on ne peut plus l'idéaliser
parce que l'idée est devenue réalité.
Il faut qu'il y ait absence pour qu'il y
ait idéalisation.
Rien n'embellit plus l'objet aux yeux de
son possesseur, écrit Rousseau.
L'imagination ne part plus rien de ce
qu'on possède.
Donc qu'est-ce que l'espoir ? L'espoir,
c'est une anticipation idéalisante.
Et quand cette anticipation ne débouge
sur rien ou plutôt quand elle débouche
sur autre chose que sur ce qui avait été
anticipé, on est déçu,
on souffre.
On souffre à cause non pas de l'objet,
non pas de la réalité.
On souffre à cause de notre imagination.
On souffre à cause de ce qu'on avait
espéré.
Et c'est ça que nous disent les
stoïciens.
Ils nous disent que notre souffrance
vient non pas des choses mais de ce
qu'on attend des choses,
de nos espoirs,
de nos projections.
Et alors, je sais ce que vous allez me
dire.
Vous allez me dire que l'espoir et
l'attente,
c'est pas la même chose.
Que dans l'attente, contrairement à
l'espoir, il y a l'idée de quelque chose
qui nous est du Il y a l'idée que ce
qu'on attend, comme quand on dit qu'on
attend quelque chose de quelqu'un, c'est
quelque chose qu'on est en droit
d'exiger.
Par exemple, j'attends de mon mari qu'il
me soit fidèle.
J'attends du président de la République
qu'il gouverne correctement le pays.
Et bien ce que nous disent les
stoïciens, c'est qu'attendre quelque
chose ou l'espérer,
c'est exactement la même chose.
Pourquoi est-ce que c'est la même chose
? Déjà, parce que pour ceux qui sont
sensibles à la polycémie des mots,
attendre c'est effectivement exiger
quelque chose. Quand on attend de son
mari qu'il soit fidèle, c'est qu'on
exige qu'il soit fidèle.
Mais au sens courant, attendre, c'est ne
rien faire.
Attendre, c'est rester immobile jusqu'à
ce que l'événement se produise.
J'attends le bus. J'attends que ce soit
mon tour dans la salle d'attente du
médecin. J'attends qu'il fasse beau pour
sortir la table de jardin. Donc
attendre, c'est être passif.
D'ailleurs, qu'est-ce qu'on dit quand
quelqu'un attend quelque chose ? On dit
qu'il patiente.
Et être patient, c'est être passif.
Donc toujours cette idée de se rendre
dépendant de ce qu'on attend.
toujours cette idée d'être soumis à ce
qu'on attend.
Mais j'entends l'objection qui consiste
à dire "Oui, mais si on met de côté
cette définition du verbe attendre,
attendre au sens de patienter, attendre
quelque chose de quelqu'un, c'est pas la
même chose qu'espérer.
Il y a quelque chose de plus fort, il y
a quelque chose de plus attendu
précisément que dans le simple espoir."
On est d'accord.
On est d'accord mais en réalité bah vous
allez voir que non.
Je reprends l'exemple de la femme qui
attend de son mari qu'il lui soit
fidèle.
Quand on dit qu'on attend de son mari
qu'il nous soit fidèle, cette attente ce
n'est pas juste un espoir.
On se dit pas "J'espère que mon mari ne
m'a pas trompé aujourd'hui."
Non. La tente c'est une exigence.
l'exigence que l'autre remplisse les
termes du contrat, l'exigence que
l'autre fasse son devoir tout
simplement.
OK, mais alors dites-moi,
est-ce que tous les maris sont fidèles ?
Est-ce que oui ou non tous les maris
remplissent leurs devoirs de fidélité ?
Bah non,
ça serait.
Bon, mais alors du coup, quand on dit
qu'on attend de son mari qu'il nous soit
fidèle, ça ne veut pas nécessairement
dire que notre attente va être honorée.
Qui décide si l'attente va être ou non
honorée ? Bah c'est le mari ou la femme
si c'est la femme qui est tentée d'aller
voir ailleurs.
Autrement dit et c'est là où je vais en
venir. Vous aurez beau attendre de
quelqu'un qu'il fasse ce qu'il est censé
faire. Vous aurez beau exiger de lui
qu'il remplisse son devoir s'il décide
de ne pas le faire, s'il décide de ne
pas satisfaire votre attente, il ne le
fera pas.
Et s'il peut décider de ne pas le faire,
et bien ça veut dire que votre attente
ne vaut pas mieux qu'un simple espoir.
Elle ne vaut pas mieux au sens où, tout
comme dans l'espoir, le résultat ne vous
appartient pas. Le résultat ne dépend
pas de vous.
Dans les deux cas, attente et espoir, on
est dans la projection.
On est dans le désir de l'imagination.
On n'est pas dans la certitude,
on n'est pas dans le contrôle.
On ne contrôle pas ce que va faire
l'autre.
On est suspendu à ce qu'il fera.
On est suspendu à ce qui ne dépend pas
de nous.
Vous attendez du président de la
République qu'il gouverne correctement
le pays. Pourquoi ? Bah parce que c'est
pour ça qu'il a été élu.
parce que c'est son boulot,
c'est le contrat qu'il a signé.
Est-ce que vous pensez vraiment ? Vous
allez peut-être me dire "Oui, je sais
pas." Mais est-ce que vous pensez
vraiment que parce que c'est son boulot,
parce que c'est ce que les gens
attendent de lui, il va le faire.
Où avez-vous vu qu'avoir des attentes
vis-à-vis de quelqu'un ? L'empêcher de
ne pas remplir vos attentes ? Je vais le
dire encore plus clairement.
Où avez-vous vu que les gens faisaient
ce que vous vouliez ?
Les gens font ce qu'ils veulent.
Ils font ce qu'ils veulent. Et dans
l'immense majorité des cas, vous n'y
pouvez rien.
Ça ne vous appartient pas.
Vous savez ce qu'on dit ? Les promesses
n'engagent que ceux qui y croient.
Votre attente envers l'autre, c'est une
attente que vous avez placé dans
l'autre. Qu'il le fasse ou qu'il ne le
fasse pas, c'est plus de votre sort.
Ce n'est plus sous votre contrôle.
Et c'est là qu'on peut maintenant
comprendre que d'un point de vue
stoïcien, entre un espoir et une
attente, il y a pas de différence.
C'est la même chose en réalité.
C'est la même chose puisque dans les
deux cas, on ne décide pas. Dans les
deux cas, il y a projection d'un désir
dont la réalisation ne dépend pas de
notre volonté.
Et donc à partir de maintenant, ce que
je vous invite à faire, c'est à
remplacer dans mon propos le verbe
attendre par le verbe espérer et le
verbe espérer par le verbe attendre.
Et vous allez voir qu'en réalité ça
fonctionne.
Ça dit la même chose.
J'attends de mon ami qu'il me rende un
service. Pourquoi j'attends ça ? parce
que c'est ainsi que je conçois l'amitié
ou parce que je lui ai moi-même rendu
service par le passé et que donc il a
une dette envers moi. Très bien. Vous
demandez donc à cet ami qu'il vous rende
un service
et là bah il ne le fait pas, il refuse.
Pourquoi ? Bah parce qu'il a pas envie,
parce qu'il a pas le temps,
peu importe ses raisons.
La seule question qui vaille, c'est
qu'est-ce que vous allez faire ? Est-ce
que vous allez lui dire "Je suis déçu ?"
Est-ce que vous allez lui dire "Tu n'es
plus mon ami ? Tu n'es qu'un sale
égoïste ?"
Vous pouvez faire tout ça. Vous pouvez
exprimer votre déception.
ça ne changera rien. D'ailleurs, même
s'il finissait par accepter, par
culpabilité ou par peur de perdre votre
amitié, le fait est que son refus
initial aura brisé quelque chose.
Le problème ne vient pas du fait que
votre ami est refusé de vous rendre
service.
Le problème vient du fait que vous avez
fait dépendre votre état émotionnel
de quelque chose qui ne dépendait pas de
vous.
La dichotomie du contrôle.
C'est comme ça qu'on appelle la
distinction stoiccienne, la frontière
stoiccienne entre ce qui dépend de nous
et ce qui ne dépend pas de nous.
Il dépend de vous de demander un service
à votre ami, mais il ne dépend pas de
vous que votre ami accepte de vous
rendre ce service.
Et vous aurez beau dire tout ce que vous
voulez, vous aurez beau invoquer les
valeurs de l'amitié, les valeurs de
l'entraide, de la réciprocité.
Si votre ami a décidé qu'il ne vous
aiderait pas, c'est sa décision.
Ça ne dépend pas de vous.
Quand on pense à cette distinction entre
ce qui dépend de nous et ce qui ne
dépend pas de nous, bien souvent on se
leure.
On met dans la catégorie des choses qui
dépendent de nous, des choses qui en
réalité n'en dépendent pas. En
l'occurrence
le comportement des autres.
C'est d'ailleurs pour ça que certains
passent leur temps à vouloir influencer
les autres, influencer leurs opinions,
influencer leurs actions, influencer
leurs votes aux élections parce qu'ils
sont animés par un besoin de contrôle,
le besoin de contrôler les autres comme
si les autres étaient une extension de
nous-même.
Parce qu'on part toujours du principe
qu'on sait mieux que les autres ce que
les autres devraient faire.
L'autre n'est pas une conscience
autonome dans notre esprit.
L'autre est l'exécutant
de notre scénario idéal
et notre estime pour lui est
proportionnelle à sa tendance à
respecter notre scénario.
Mais sauf que ça c'est seulement dans
notre tête.
Les gens ne font pas ce qu'on veut
qu'ils fassent. Ils ne font pas ce qu'on
attend d'eux qu'il fassent.
Déjà parce que les gens ont vécu toute
leur vie sans nos directives. Donc on ne
voit pas très bien pourquoi subitement
ils en auraient besoin. Et puis aussi
parce que personne n'attend des autres.
Autre signification du verbe attendre.
Personne n'attend des autres qu'il leur
disent ce qu'ils doivent faire.
Les gens ont un libre arbitre.
Les gens ne sont pas des enfants.
C'est toujours amusant d'entendre ceux
qui disent "Je ne comprends pas. Je lui
avait pourtant dit de faire ça et il a
pas fait."
Bah oui, ça s'appelle l'autonomie de la
volonté.
Je ne comprends pas. Il m'avait dit
qu'il le ferait et finalement il l'a pas
fait.
Ben oui, ça s'appelle le choix, ça
s'appelle l'indépendance du choix.
Indépendance au sens de ce qui
précisément ne dépend pas de nous.
Alors oui, on peut avoir une influence
sur les autres, mais avoir une
influence, ça ne veut pas dire
contrôler.
Ça ne veut pas dire agir à la place
d'eux.
Le piège des attentes, c'est de croire
que sous prétexte qu'on pourrait avoir
une influence sur les autres, on
pourrait prendre les manettes de leur
comportement,
ce qui est évidemment faux.
Et c'est comme ça qu'on se retrouve à
éprouver ce sentiment qui est sans doute
le sentiment à la fois le plus naïf et
en même temps le plus orgueilleux pour
les stoïciens, à savoir la déception.
Je suis déçu.
Mais pourquoi es-tu déçu ? Parce que
l'autre ag agi comme il le voulait et
non pas comme tu le voulais.
Parce que l'autre a exercé son libre
arbitre.
Parce qu'il a contrarié ton idéal.
Ça s'appelle la liberté,
ça s'appelle l'altérité.
Certaines choses ne dépendent pas de
nous et le comportement des autres fait
partie de ces choses.
Acceptez-le.
Acceptez-le parce que si vous ne
l'acceptez pas, vous serez forcément
déçu.
La déception est un sentiment naïf
parce qu'elle repose sur une croyance
elle-même naïve qui est la croyance
selon laquelle les gens s'intéressent à
notre avis sur ce qui les concerne.
Et la déception est un sentiment
orgueilleux
parce qu'elle est le symptôme d'un désir
de maîtrise,
d'un besoin de contrôle,
d'un besoin que l'autre se conforme à
notre volonté,
que l'autre se conforme à nos schémas, à
notre logique,
à notre point de vue. L'orgueil, c'est
croire qu'il n'y a pas de différence
entre notre point de vue et la vérité.
C'est croire que si les autres ne font
pas ce qu'on voudrait qu'ils fassent,
ils ont tort.
C'est une intolérance à l'altérité.
On est d'accord avec moi et si on n'est
pas d'accord avec moi, on fait erreur.
Quoi de plus orgueilleux.
Alors, on va quand même nuancer un peu
tout ça.
Avoir des attentes en société, ça
s'entend.
Ça s'entend au sens où toute vie en
société repose sur des contrats
explicites ou tacite
et que ne pas respecter le contrat, bah
c'est davantage l'exception que la
norme.
On attend de l'employé qu'il fasse son
travail. La plupart du temps, il le
fait.
On attend du parent qu'il s'occupe de
son enfant. La plupart du temps, il le
fait.
Mais attendre de quelqu'un qu'il fasse
ce que le contrat prévoit
et être déçu du fait qu'il ne le fasse
pas, c'est donner au contrat un pouvoir
qu'il n'a pas.
C'est donner au contrat un pouvoir de
modélisation de la réalité humaine quand
la réalité humaine est d'abord une
affaire de choix.
Le mari infidèle est infidèle même s'il
y avait un contrat.
Le criminel est un criminel même s'il y
avait un contrat.
Le contrat social qui prévoit de
respecter la loi et de ne pas nuire à
son prochain.
La vie est faite de contrats non
respectés.
La vie est faite d'attente non
satisfaite.
Et donc c'est là où il faut bien
comprendre l'intention stoiccienne.
L'intention stoiccienne ce n'est pas de
nous dire ce qui devrait être
nous dire ce qui est.
Pour les stoïciens, il faut arrêter de
vivre dans l'idéal.
Il faut arrêter de vivre dans les grands
principes.
Ces grands principes que personne ne
respecte, encore moins ce qui les prône
la vie. Ce ne sont pas des gens polis,
honnêtes, serviables, bienveillants.
Ce sont des gens qui peuvent être tout
ça, mais qui peuvent aussi être tout
l'inverse,
qui peuvent être désagréables,
vicieux, égoïstees,
méchant.
Et il faut en avoir conscience.
Il faut avoir conscience de ce qu'est la
réalité et pas seulement de ce qu'on
voudrait que soit la réalité.
C'est la célèbre phrase de Marc Orel
quand il dit "Dè l'aurore, dis-toi
d'avance, je vais rencontrer un
indiscret, un ingrat, un insolent, un
fourbe, un envieux, un égoïste."
Ce n'est pas du cynisme,
c'est du pragmatisme,
c'est du réalisme anthropologique
parce que rien ne peut décevoir celui
qui n'attend rien ou plutôt rien ne peut
décevoir celui qui s'attend à tout. 4e
signification du verbe attendre.
S'attendre à tout, ça veut dire se tenir
prêt à tout.
tout envisager, tout considérer,
être conscient que tout est possible.
Seul celui qui s'attend à tout n'attend
rien.
Seul celui qui sait que tout est
possible a la sagesse de ne pas miser
sur une possibilité.
N'avoir aucune attente.
N'avoir aucune attente vis-à-vis de ce
qui ne dépend pas de nous.
La morale prévoit que certaines choses
ne se font pas, mais la morale n'empêche
pas que les gens fassent ce qui
précisément ne se fait pas.
Avoir des attentes, ce n'est pas le
meilleur moyen d'être déçu.
C'est le seul moyen d'être déçu.
Parce qu'on peut être déçu qu'à partir
du moment où on attend quelque chose de
l'autre,
où on attend de l'autre quelque chose
qui précisément ne dépend pas de nous.
Comprenez bien une chose,
une attente porte toujours en elle la
possibilité de sa non réalisation.
Être stoïen,
c'est avoir intégré ce que signifie le
mot possibilité.
Je m'explique.
Si vous faites quelque chose, par
exemple, si vous invitez votre voisine à
boire un verre chez vous parce qu'elle
vous plaît, parce que vous aimeriez
apprendre à la connaître.
Bon bien, il est possible qu'elle
accepte,
mais il est aussi possible qu'elle
n'accepte pas parce qu'elle n'est pas
intéressée par vous ou parce qu'elle a
déjà quelqu'un dans sa vie, peu importe.
Le fait est qu'il est possible que votre
attente demeure insatisfaite.
Dans ce cas-là, qu'est-ce qui s'est
produit que vous n'étiez pas en mesure
d'envisager ? Qu'est-ce qui s'est
produit qui est relevé de l'impossible ?
Absolument rien.
Donc quand une chose est possible, il
n'y a pas lieu de s'étonner qu'elle
arrive puisqu'elle était possible.
Ce que nous disent les stoicciens, c'est
ne sois pas étonné et à force ne soit
pas déçu quand le possible se réalise
parce que c'est ça qui est irrationnel.
jouer, c'est prendre le risque de
perdre. Donc c'est accepter de pouvoir
perdre.
Maintenant, prenons le problème à
l'envers.
Quand une chose est possible, elle n'est
que possible.
Elle peut ne pas se produire.
Je reprends mon exemple de tout à
l'heure. Vous postulez à un emploi, il
est possible que vous soyez pris comme
il est possible que vous ne soyez pas
pris.
La possibilité, c'est l'essence du réel.
Et le problème de la plupart d'entre
nous, c'est que nous oublions qu'une
possibilité
n'est qu'une possibilité.
Nous l'oublions dans le sens où quand
une possibilité que nous souhaitions
voir arriver n'arrive pas, on est déçu,
on s'énerve, on s'agace,
on en veut à la terre entière,
on s'agite intérieurement.
pour quelque chose qu'on savait déjà, à
savoir qu'il était possible que notre
attente soit déçue.
Si on admettait que les choses possibles
peuvent arriver comme elles peuvent ne
pas arriver,
si on l'acceptait réellement au plus
profond de nous, ce qui ne devrait pas
être un effort surhumain puisque c'est
simplement admettre la définition des
mots et possible ce qui peut arriver ou
ne pas arriver.
Si on admettait ça, la déception
n'existerait pas parce qu'on se
programmerait mentalement à accepter par
avance ce qui va arriver dans la mesure
où ce qui va arriver faisait partie des
possibilités.
Il n'y a rien de ce qui arrive qui n'est
d'abord été possible.
raisonnement logique
et le reste, l'espoir, l'attente, la
déception, la colère, c'est du
sentimentalisme adolescent.
Sentimentalisme adolescent parce que
c'est faire passer le sentiment avant la
réalité.
Vous savez, l'adolescence, c'est celui
qui bénéficie des avantages de ses
parents, mais sans le travail,
il a un toit sur la tête.
à manger dans l'assiette,
des vêtements, des cadeaux pour son
anniversaire.
Mais quand on lui demande de faire son
lit, il est pas d'accord.
Il rouspète, il se rebife,
il veut les droits sans les devoirs,
il veut les avantage sans les
inconvénients.
Vouloir les avantages sans les
inconvénients,
c'est ne pas comprendre comment la
réalité fonctionne.
S'être ignorant de ce que Freud appelait
le principe de réalité. L'adolescent
n'est pas dans le principe de réalité,
il est dans le principe de plaisir.
Il ne voit pas le travail invisible qui
rend l'accès au plaisir possible.
Il prend son désir pour la réalité.
Et bien ça, ce fonctionnement
adolescent,
c'est exactement ce que nous faisons,
nous adultes,
quand nous sommes déçus qu'une
possibilité que nous ne souhaitions pas
voir se produire se produit
ou quand une possibilité que nous
souhaitions voir se produire ne se
produit pas,
on fait la tête,
on boude
parce que nous avons absolu utiliser
notre désir
et nous en voulons au monde de ne pas
s'être conformé à notre désir.
Nous en voulons au monde de ne pas
tourner autour de nous.
Alors, qu'est-ce qu'il faut conclure de
tout ça ? Est-ce qu'il faut en conclure
que nous devons tout accepter ? Que nous
devons dire amen à tout ?
Il faut commencer par remettre au centre
de nos vies la première distinction
faite par les stoïens.
La distinction entre ce qui dépend de
nous et ce qui ne dépend pas de nous. Ce
qui ne dépend pas de nous, oui, nous
devons effectivement l'accepter.
Pourquoi ? Mais parce qu'on a pas le
choix.
parce que ça n'a pas de sens de refuser
ce qui ne dépend pas de nous. Ou plutôt
si ça a du sens. Ça s'appelle le déni.
Et le déniè,
une réalité mentale,
une réalité imaginaire.
Ré imaginaire qui tôt ou tard entrera en
collision avec la réalité matérielle.
ça peut faire mal.
Donc accepter ce qui ne dépend pas de
nous. Maintenant, qu'en est-il de ce qui
dépend de nous ? Bien, concernant ce qui
dépend de nous, c'est très simple.
Il faut remplacer l'espoir.
Il faut remplacer l'attente
par la volonté.
Vous pouvez surligner cette phrase :
"Remplacez l'espoir par la volonté".
C'est la phrase qu'on attribue à SC mais
dont André Conponville m'a dit qu'elle
était peut-être de lui. Je cite "Quand
tu auras désappris à espérer, je
t'apprendrai à vouloir."
C'est très puissant comme phrase.
Ça dit tout.
désaprendre à espérer parce que l'espoir
c'est la version passive de la volonté.
C'est la volonté
sans les actes de la volonté.
C'est la volonté
sans le travail d'actualisation
de la volonté.
C'est quoi le travail d'actualisation ?
Ce sont les actions qu'on met en œuvre
pour transformer une possibilité en
réalité ? On dit actualiser parce qu'on
philosophie exister en acte ça veut dire
de manière effective.
Exister réellement
par opposition au fait d'exister en
puissance.
Acte et puissance.
Exister en puissance ça veut dire
exister comme potentialité.
Donc comme possibilité.
Ce que nous disent les stoïciens, c'est
tu veux qu'une chose arrive, tu veux
qu'une possibilité se transforme en
effectivité.
Ne l'espère pas, ne l'attends pas.
Travaille à la faire advenir.
Fais en sorte qu'elle advienne.
Fais en sorte.
C'est ça la volonté.
La volonté, ce n'est pas le désir.
La volonté, c'est le désir accompagné
des moyens de sa réalisation.
Donc concrètement, ça veut dire quoi ?
Bien, ça veut dire que quand on veut
qu'une chose arrive, on déploie un
ensemble d'actions conçus pour favoriser
l'advenue du résultat.
Je veux obtenir mon permis de conduire.
Je prends des heures de conduite, je
potasse mon code.
Je m'entraîne,
je fais ce qu'il faut pour l'obtenir.
Entendez bien cette expression.
faire ce qu'il faut pour
si vous voulez obtenir votre permis mais
que vous ne voulez pas prendre de leçons
de conduite si vous voulez obtenir votre
permis mais que vous ne voulez pas vous
entraîner ça veut dire que vous ne
voulez pas obtenir votre permis.
Ben non, puisque vous voulez les
résultats sans les moyens.
Vous voulez les résultats sans la mise
en œuvre des moyens. Encore une fois,
comportement adolescent.
Quand on veut quelque chose, on veut ce
qu'il faut pour l'obtenir.
Qui veut les conséquences veut les
causes.
Et alors, attention, parce que je revois
venir certains, faire ce qu'il faut pour
l'obtenir,
ça ne veut pas dire qu'on l'obtiendra
forcément.
Ça ne veut pas dire il suffit de le
vouloir.
Bien sûr que non.
Personne n'est aussi naïf.
Mais ce qui est encore plus naïf, c'est
de croire qu'un désir qui ne
s'accompagne pas d'un travail de
réalisation peut avoir la moindre chance
d'aboutir.
Il n'y a pas d'effet sans cause.
Chacun en conviendra.
Il n'y a pas d'effet sans cause appliqué
au champ pratique, ça donne. Il n'y a
pas de résultat sans efforts.
Un athlète qui voudrait gagner la
médaille d'or aux Jeux Olympiques, mais
qui aurait la naïveté de penser que sa
victoire est indépendante de ses
efforts, bah c'est un athlète qu'on ne
verra jamais sur le podium.
C'est pour ça je dis souvent, les
sportifs sont des stoïciens mentaux.
Ce sont des stoïciens par défaut
parce qu'ils ont conscience de par leur
pratique. La conscience étant
généralement issue de la pratique. Ils
ont conscience de par leur pratique
qu'on obtient aucun résultat si on ne
s'en donne pas les moyens, si on ne
s'entraîne pas, si on n'analyse pas, si
on a aucune hygiène de vie.
Ce n'est pas une méritocratie,
c'est un raisonnement mathématique.
On ne passe pas de 0 à 100 sans
additionner des nombres.
La volonté, c'est produire les nombres
qu'on additionne.
On attend pas que ça tombe tout seul
parce que ça ne tombera pas tout seul.
Il y a que les fruits pourris qui
tombent tout seul.
Et si on n'atteint pas le résultat qu'on
voulait atteindre, si on n'atteint pas
l'objectif qu'on s'était fixé,
ce qui est certain, c'est qu'on en sera
beaucoup plus proche que si on s'était
contenté d'attendre,
que si on s'était contenté d'espérer.
L'espoir sans volonté est impuissant.
Là où l'espoir est une attitude passive
et non consciente,
la volonté est une attitude active et
lucide.
Beaucoup de gens pensent que le
stoicisme est une philosophie qui ne
tient pas compte de la réalité.
Une philosophie qui prend l'homme pour
un être dénué de sentiments,
des nué de faiblesse
et au final dénué d'humanité.
C'est ironique.
C'est ironique de reprocher au stoïisme
d'être une philosophie qui ne tient pas
compte de la réalité.
Quand la raison d'être du stoicisme,
c'est précisément de nous dire tenez
compte de la réalité,
tenez compte des possibilités et des
impossibilités
contenues dans la réalité.
Tenez compte du fait que vous n'êtes pas
toutpuissant,
qu'il ne suffit pas de désirer,
d'espérer,
d'attendre
pour que la réalité se plie à nos
attentes.
Tenez compte du fait que le monde n'est
pas à votre service.
Soyez humble.
C'est ça le stoicisme.
Le stoicisme n'est pas une philosophie
inhumaine.
C'est au contraire une philosophie
qui comprend si bien l'homme qu'elle se
consacre à lui dire "Je sais ce que tu
penses et tu te trompes.
Je sais ce que tu voudrais
et tu te trompes."
Tu penses que le monde est injuste
et parce que tu penses qu'il est
injuste, tu t'opposes à lui.
Tu entres en résistance contre lui.
C'est une erreur. Ça ne marchera pas.
Tu voudrais que le monde soit conciliant
avec toi
et parce que tu considères qu'il ne
l'est pas, tu te bats contre lui,
tu lui en veux.
Tu es en colère,
c'est une erreur.
Ça ne marchera pas.
Le problème, ce n'est pas le monde,
c'est ce qu'on aimerait qu'il soit.
Le problème, ce n'est pas la réalité,
c'est le temps perdu à refuser
que la réalité
soit ce qu'elle est.
Je vous remercie. Ah.
[Musique]
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